ENTRE deux EAUX
 
 
Interrogeant la matière, les créations de Bénédicte Vallet paraissent venir d’un autre temps : celui qui a vu naître les premiers soubresauts de la vie. Pareille à un chartreux isolé à la recherche de spiritualité, elle suit une quête sur les origines de l’homme en correspondance avec la nature.
Le visiteur déambule, témoin d’une recherche créative flirtant avec le vivant… Entre le minéral et l’aquatique, l’osseux et le corail, placés aux confins de la vie, entre les espèces et les éléments, ces recherches sculpturales sont protéiformes. Celles-ci font appel à une mémoire primitive et enfouie commune aux êtres vivants. Selon les angles de vue, tantôt des évocations animales, tantôt du végétal se distinguent dans ces céramiques aux nombreuses facettes, pour lesquelles des matériaux d’aujourd’hui, tels que le chanvre ou la porcelaine, dialoguent avec (ont été mêlés) à ceux qui constituent le lieu de l’exposition, (comme le torchis. )
 
Ce lieu magnifique, aujourd’hui ouvert à l’expression créative contemporaine, est lui-même chargé de mémoire. Aussi, le processus créatif ne s’apparente-t-il pas ici à l’acte minutieux de l’archéologue qui fait jaillir des mémoires de la terre ? Déambulant, nous découvrons des fragments d’histoire, et plus particulièrement d’un néolithique imaginaire, entraîné dans un chemin réflexif qui nous mène de l’exposition au museum d’histoires naturelles, de l’art à l’archéologie, voire à la biologie…
 
Ces lumineuses sculptures sont pour la plupart flottantes, et révèlent un bestiaire extraordinaire composé de motifs coralliens. « Entre deux Eaux », le titre de l’exposition, évoque une ambivalence entre l’eau en tant qu’élément naturel et l’os, symbole de mémoire de la vie… Ambivalence qui nous rappelle que c’est bien les océans qui ont donné naissance aux premières formes d’êtres vivants, or on sait combien ceux-ci sont mis en danger par l’homme actuellement. Entre deux Eaux, c’est donc aussi l’histoire d’un équilibre précaire, celui de l’homme et de la nature…
 
Ainsi, le tissage en chanvre des œuvres, qui sont composées en partie d’éléments naturels, paraît donner vie à un organisme modulable qui devient une forme plastique esthétique. Le travail de Bénédicte Vallet recompose une biosphère de porcelaine, où les pièces résonnent ensemble par la récurrence de certains motifs, mais  disposent de son-chants qui leur sont propre. Ainsi les cordes inspirent une impression de vulnérabilité qui résonne comme un écho au monde d’aujourd’hui et à la nature, où l’interdépendance des êtres, liée à une nécessité de survie, est mise à mal par l’intervention humaine qui endommage un équilibre parfait mais délicat.                                        
                                                                                               Margot REAULT-BOURON